La Presse, le dimanche 16 novembre 2003.

Biographie

La colère du juste

Par Claude V. Marsolais

Le 23 octobre 1969, le gouvernement Bertrand dépose le fameux « bill 63 » qui légalise la liberté de choix de la langue d’enseignement des enfants à l’école, ce qui soulève l’indignation généralisée. S’ensuivent des manifestations monstres à Montréal et à Québec. Lors d’un rassemblement, fin octobre, au Centre Durocher de Québec, Michel Chartrand, qui est de tous les combats déclare :

« Si notre mobilisation ne fait pas reculer le gouvernement

et que le « bill 63 » est voté, les universités et les collèges anglais au Québec risquent de sauter à la dynamite ! Il ne faut pas être bien instruit pour comprendre qu’on ne peut refouler un peuple à ce point . »

Le 10 novembre, il est arrêté pour sédition.

Comparaissant devant le juge Maurice Rousseau, il obtient sa libération moyennant un cautionnement de 2 000 $ et l’interdiction de participer à toute manifestation publique. Le lendemain, lors d’une réunion du Syndicat de la construction de Montréal (CSN), il déclare :

                        « Il n’y a aura jamais un juge assez fort pour empêcher un représentant du Conseil central de Montréal de parler, comme il n’y aura jamais un juge ni un gouvernement assez fort pour empêcher les travailleurs de manifester. »

Et d’ajouter :

« Ça fait 30 ans qu’ils enregistrent mes discours, ça ne me fait pas un pli sur le différence. Le chef Gilbert (de la police de Montréal) mon cul, Rémi Paul (ministre de la Justice) mon cul, Drapeau, mon cul, pis le juge Rousseau, mon cul !»

Cette dernière tirade célèbre lui vaudra, quelques jours plus tard, une nouvelle accusation d’outrage au tribunal qui ne sera instruite qu’à la fin de mai 1971 et dont il sera acquitté. Entre-temps, il aura été arrêté et incarcéré le 16 octobre 1970 en vertu de la Loi des mesures de guerre et ne sera libéré que le 17 février 1971.

 

Fernand Foisy, qui vient de publier le deuxième volet de la biographie de Michel Chartrand, sous le titre Michel Chartrand – La colère du juste, a été le compagnon de route de Michel Chartrand pendant plus de 35 ans. Alors que celui-ci présidait le Conseil central de la CSN, Foisy en fut le secrétaire générale de 1968 à 1974.  Il décrit le parcours de son héros de 1968 jusqu’à nos jours.

Foisy déclare, dans l’introduction qu’il n’a pas la prétention d’être un biographe, mais qu’il se considère plutôt comme un témoin privilégié de ce qu’i l a vécu, vu et entendu en compagnie de Michel Chartrand.

« Autant il peut être difficile, parfois bougon ou colérique, autant sa disponibilité et sa générosité nous font oublier ses travers … Les petites gens, le monde ordinaire ont une admiration secrète pour Michel Chartrand. Je dis « secrète » car ils n’osent pas toujours clamer cette admiration de peur d’endosser ses excès verbaux et son langage sans détour – certaines convenances exercent toujours leur influence…

« Ce que les gens ignorent profondément, c’est son raffinement. Il connaît et aime la grande musique, les grands vins, les grands artistes de la littérature comme de la peinture et il aime aussi la bonne (et la belle) chair ! » souligne Foisy.

 

L’auteur raconte les événements qui ont marqué la vie de Chartrand, entre autres ses différends avec l’ex-président Marcel Pepin, ainsi que le drame familial ayant secoué sa vie lorsque sa fille Marie-Andrée a été tuée accidentellement par son conjoint Isis qui avait pointé un fusil sur sa tempe et déclenché la détente sans savoir qu’une balle se trouvait dans le canon.

 

Foisy fait aussi revivre l’engagement de Chartrand au sein de la Caisse populaire des syndicats nationaux qu’il a présidée jusqu’en 1988 et la Fondation pour aider les travailleurs accidentés (FATA) qu’il a créé avec Émile Boudreau, de la FTQ, sans compter son appui à diverses causes, tel le Comité Québec-Palestine.

 

Malgré un premier chapitre cachoteux où l’auteur fait un aller-retour sur des événements qui se sont passés à des années différentes, l’ouvrage mérite d’être lu d’autant plus que Michel Chartrand a laissé une marque indélébile dans notre mémoire collective, comme le défenseur des travailleurs et des petites gens.

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