Remettons-nous dans le contexte
Michel Chartrand a été arrêté, à son
domicile, selon la Loi des mesures de
guerre, le 16 octobre 1970 et détenu à la prison de la rue Parthenais pendant
plus de 4 mois. Il a été libéré, parce
que les accusations de sédition n’étaient pas fondées.
Nous sommes le 28 avril 1971, Michel
Chartrand a été libéré le 17 février et une de ses filles, Marie-Andrée, est
morte accidentellement, le 7 mars, abattue d’un coup de fusil à son domicile de
Sainte-Mélanie.
Il est de retour d’une tournée
pan-canadienne, invité par les universités de partout au Canada, afin
d’expliquer ce qui se passe au Québec et pourquoi !
Plus
de 400 délégués sont inscrits au congrès et plus de 200 visiteurs assistent à
la soirée d’ouverture du congrès.
Fernand
Foisy
Auteur
de deux ouvrages sur Michel Chartrand
Les
dires d’un homme de parole (1997) - Citations
Les
voies d’un homme de parole (1999) – Biographie 1916-1967
En
préparation : Les causes d’un homme de parole - Biographie 1968-2000
Chez
Lanctôt-Éditeur
Conseil central des syndicats nationaux de
Montréal (CSN)
13ième Congrès qui se tient à
Montréal
les 28,29 et 30 avril et 1er et 2
mai 1971.
Thème :
Est-ce vrai que le genre de vie qu'on mène …
c'est le genre de vie qu'on aime ?
MICHEL CHARTRAND
Confrère Président, confrères officiers,
Mesdames et Messieurs les invités, mes chers délégués,
Je veux tout d'abord faire une rectification
pour la presse. On a lu dans les
journaux que j'avais préparé le programme du congrès et mon discours en
prison. Je dis que je n'ai rien eu à
faire avec le programme, il y a d'excellents officiers qui se sont occupés de
préparer les documents et tout le congrès.
Si ça va bien vous les féliciterez, et si ça ne va pas bien, pour une
fois vous ne pourrez pas dire que c'est la faute à Chartrand.
L'idée du rapport moral du
président, c'est une sorte de résumé des évènements qui concernent les
travailleurs, les syndiqués qui sont affiliés au CCSNM, qui font partie de la
ville de Montréal et du peuple québécois.
Or, je pense que l'évènement important au
cours de l'année 70 a peut-être été l'évènement d'octobre 70. Mais, il y avait eu octobre 69 aussi, le 7
octobre, une grève des policiers, les évènements à Murray Hill. C'était un sursaut de travailleurs qui
n'étaient pas contents. Il y a un
policier qui s'est fait tuer là aussi mais on n'a pas trouvé le coupable. Il y a eu aussi une autre manifestation qui
indique une prise de conscience des Montréalais : McGill français où des
dizaines de milliers de personnes sont allées manifester leur opinion à ce
sujet.
En octobre 70, il y a eu deux hommes enlevés,
sept des supposées personnes qui se sont occupées de M. Cross sont rendues à
Cuba. Il en reste à peu près une
quinzaine qui sont en prison et qui sont impliquées dans l'enlèvement de M.
Laporte.
Alors, à la suite de ces deux enlèvements, il
y a eu d'après le rapport de la Ligue des droits de l'homme à Montréal, 497
arrestations dont 435 n'ont pas eu d'accusation et ont été relâchées après des
jours ou des semaines ou des mois en prison.
Pour ma part, ils sont arrivés chez moi le
matin, à 5 heures. Il y en avait deux
en uniforme et deux déguisés en monde.
Je leur ai demandé ce qui se passait, s'ils avaient un mandat. Ils ont dit que non. Je leur ai demandé : "C'est quoi
la loi ?" "Je ne sais
pas moi" de répondre un policier.
Je me suis préparé. Les
évènements ayant réveillé mon épouse qui a une mentalité plus légaliste que la
mienne pour des raisons de famille (son père, son grand-père et son frère sont
juges) s'est informée de la légalité de l'arrestation de son conjoint (comme
une bonne épouse doit faire) et elle a demandé s'ils avaient un mandat. Un policier a répondu : "Je ne
sais pas c'est quoi la loi... je n'ai pas de mandat... je viens arrêter votre
mari et à part ça, je veux perquisitionner!" C'est en ouvrant la radio qu'on a entendu dire qu'on était
"en guerre"!
Alors, je suis arrivé au motel Parthenais …
et j'y ai vu le poète Miron qu'on avait invité d'ailleurs pour rendre hommage
aux poètes du Canada français, Pauline Julien, d'autres poètes, des
journalistes comme Gérald Godin de Québec Presse, des journalistes du journal
Combat et de Parti Pris, de Point de Mire, de journaux socialistes, des
professeurs et des gens qui parlent, des gens qui vont aux manifestations
contre la guerre nucléaire, aux manifestations contre la barbarie de la guerre
du Vietnam, des gens qui faisaient partie du RIN et qui voulaient discuter de
problèmes constitutionnels, des nationalistes de droite, des nationalistes de
gauche, des socialistes, des syndicalistes, mais je n'ai pas vu beaucoup de
terroristes là. Enfin, on en a libéré
435 sur ceux qu'on avait arrêtés.
Moi, pour ma part, j'étais dans un groupe
assez particulier avec Vallières et Gagnon qui avaient passé là 40 et 44
mois. Alors eux, après la période qu'ils
avaient passée là, ils étaient sûrement des instigateurs de la révolution
armée, de l'insurrection armée. Puis
Jacques Larue-Langlois qui avait essayé de les en faire sortir parce qu'il
trouvait ça épouvantable et sans allure de garder les gens en prison pendant 4
ans sans leur faire de procès et sous des accusations idiotes, il a été mis
avec les deux autres. Lemieux qui
s'était occupé à défendre les gars parce que le Barreau le lui avait demandé
en’63, ils l'ont mis dans le groupe aussi.
On l'a arrêté le 14 octobre, on l'a libéré pour négocier avec le FLQ et
on l'a ramassé. Chartrand, ils se sont
dits : "Il gueule tout le temps, il y a bien du monde qui ne l'aime
pas, il n'y a personne qui va chialer si on le met dedans, on va le mettre avec
les 4 autres". Parce qu'il fallait
qu'il y ait un "brain-trust" à Monsieur Trudeau, il ne croit pas à ça
la spontanéité... c'est une espèce d'appendice de IBM... c'est son psychodrame
qui s'est joué à ce moment-là. Il a un
complexe d'infériorité vis-à-vis des Canadiens français, alors il s'est
dit : "Là, on va les tasser".
Monsieur Pelletier prétend qu'ils n'étaient
pas pris de panique à Ottawa mais quand même, ils ont voté la loi des mesures
de guerre et ils ont envoyé l'armée contre les Canadiens français parce qu'il y
avait eu deux enlèvements. Pourquoi
envoyer l'armée contre les Canadiens français dans le Québec au lieu de
l'envoyer dans tout le Canada ?
Vous n'aviez pas été consultés avant les enlèvements pas plus que je ne
l'avais été.
Alors ça, ça a été l'entreprise de terrorisme
la plus extraordinaire dont on n'avait jamais entendu parler au Québec, ni au
Canada. J'ai visité, après ça, à peu
près toutes les provinces, toutes les grandes villes du pays, toutes les
universités du pays et à plusieurs endroits, on m'a dit : "Il y a des
gens qui disaient que c'est une bonne affaire, ça va leur donner une leçon aux
Canadiens français". Le fait est
que ça nous a donné une bonne leçon, il y en a qui vont s'en souvenir pour
longtemps...
Par ailleurs, les gens disaient que si ça
c'était passé dans une autre province, Trudeau n'aurait pas fait 15 jours. Alors, on se demande encore où elle est
l'insurrection armée. Il y a un journal
qui s'appelle le "Time Magazine", c'est un des journaux qui a des
privilèges postaux qui font que le ministère des Postes connaît des déficits
comme le Time, le Life et le Readers Digest.
Il y a une commission parlementaire qui avait étudié le phénomène des
journaux américains qui viennent chercher de la publicité au Canada, à des prix
de rabais ; les compagnies canadiennes s'en plaignaient. En’63, M.Diefenbaker avait dit, et M.
Pearson qui a pris le pouvoir a dit la même chose : "Il devrait y
avoir une taxe sur ces journaux-là ».
M.Kennedy a téléphoné à M. Pearson et il a dit : "S'il y a une taxe
pour Time, Life et Readers Digest, on va couper les crédits à Canadair, ça va
faire du chômage". C'est un des
téléphones qui est rapporté dans le volume de Claude Julien "L'empire américain"
à la page 423. Et puis maintenant, M.
Côté va nous augmenter le tarif des postes à 0,08$ et à 0,10$ pour continuer à
faire des faveurs aux grosses compagnies américaines ou aux grosses compagnies
canadiennes qui appartiennent aux Américains pour leur servir de
commis-voyageur. Donc, la revue Life du
22 février'71, à la page 12 (c'est une copie authentique de ce torchon parce
qu'il y a aussi la figure du juge Ouimet qui est là-dedans) mentionne que
l'accusation contre les "5", ça n'amenait rien. La revue dit : "C'est drôle que la
Cour depuis les évènements d'octobre n'a pas démontré qu'il y avait eu une
cohésion, un groupe révolutionnaire".
Nous autres, on a été accusé de conspiration séditieuse pour renverser
le gouvernement par la force... en préconisant... Mais, ça ne prend pas de force pour renverser ce gouvernement-là,
ça tient par un fil américain qui pourrait être coupé n'importe quel jour. Je ne leur en veux pas mais seulement, c'est
ça. Alors, la revue continue :
"Ça ne fait pas sérieux, l'affaire.
Ceux qu'on prenait pour les responsables n'ont même pas eu de procès,
l'acte d'accusation n'était pas bon".
Quand on a dit ça le 5 novembre’70, lors de
notre comparution, que ça n'avait pas de bon sens, le juge a dit : "Bah...
quand même, vous allez avoir un procès dès janvier..." Du 5 novembre au mois de janvier, c'est une
affaire de rien... sans savoir qu'est-ce qu'on fait là. Au mois de janvier, ils ont décidé que ça
irait au mois de février. Le juge a dit
: "Bah... ça fait seulement 3 semaines de plus". Oui... ça faisait du 16 octobre au mois de
février, toujours sans savoir pourquoi.
Le 26 novembre, on avait demandé de procéder à notre deuxième
accusation, soit de "faire partie du FLQ ou d'avoir été membre ou d'avoir
dit qu'on était membre du FLQ". Ce
26 novembre, on a demandé à l'officier qui était en charge d'inscrire les rôles
à la Cour, de voir à inscrire notre procès.
Ils m'ont remis ça de semaine en semaine, de mois en mois, mais pendant
ce temps-là, ils me gardent en dedans.
Parce que c'est 20 jours par mois quand on est bon garçon, puis moi
normalement, je suis bon garçon en prison... parce que je ne veux pas causer de
troubles à nos confrères syndiqués qui en sont les gardiens. Il y a des chefs qui sont un peu
dégueulasses mais les gardiens ne sont pas pires. D'abord, ils sont de l'autre côté des barreaux, on ne peut pas se
chicaner beaucoup... même s'ils disent qu'ils ont une fonction dangereuse : ils
sont toujours avec des criminels...
Alors, ils nous ont renvoyé nos procès au 3
mai. Seulement, le Solliciteur général,
Jean-Pierre Goyer, à la Chambre des communes, quand on lui a demandé ce qui
s'était passé dans la province de Québec, trois ou quatre mois après le mois
d'octobre... parce qu'au mois d'octobre, vous vous rappelez que c'était grave,
Trudeau avec du mascara autour des yeux "Ça pouvait être votre voisin,
votre enfant, le gérant de la caisse populaire", plus d'emprunt... ça
c'était l'entreprise de terrorisme à travers le pays... les gens qui ont cru
que c'était vrai qu'il y avait une révolution armée, on ne pouvait pas les
blâmer. Donc, M. Goyer, en réponse à
des questions qui lui étaient posées, a dit : "Après toutes les recherches
qui avaient été faites dans la province de Québec (par l'armée, la Gendarmerie
Royale, la Sûreté du Québec, l'Escouade antiterroriste de Montréal, les
policiers de tous les corps déguisés en monde et en uniforme, tous les corps de
police des banlieues de Montréal, ils ont pénétré dans 4,000 à 5,000 maisons,
sans mandat, et ils ont fouillé comme ils voulaient...) alors, le Solliciteur a
décrit l'arsenal qui avait été trouvé : 33 fusils plus 21 armes
offensives, ça c'est les chars d'assaut, les mitraillettes et tout le bazar,
des affaires terribles. Or, dans ces 21
armes offensives, il y avait 3 bombes fumigènes, pour cacher l'insurrection. La première chose que tu fais quand tu
prépares une insurrection, tu vas chercher des bombes fumigènes, pour la cacher
évidemment... autrement tu risquerais de te faire arrêter. Les 21 armes offensives comprenaient donc :
3 bombes fumigènes, 9 couteaux de chasse (des armes blanches pour ne pas
éveiller l'attention quand tu veux tuer l'ennemi) plus un sabre. C'est ce qu'on a trouvé au Nouveau parti
démocratique, un député de Toronto a dit : "C'est l'insurrection la
moins bien équipée qu'on a jamais appréhendée".
Seulement, il y a des centaines de personnes
qui ont été arrêtées et qui ont été détenues en vertu d'une loi qui était
illégale, inconstitutionnelle, à l'encontre du British North America Act
(section 99). On a enlevé aux tribunaux
le droit d'accorder des cautionnements et on l'a remis au Ministre de la
Justice. C'est un petit politicien du
nom de Jérôme Choquette qui refusait de nous laisser avoir des cautionnements. On n'a pas entendu le Barreau
rouspéter. On n'a pas entendu de juges
rouspéter : on en a vu 5. Ils nous
avaient envoyés directement devant des juges fédéraux, mon cul,, nommés par
Ottawa. Il y en a un en particulier du
nom de Kenneth McKay, un gradué de l'U. McGill, ami de M. Turner, organisateur
de M. Turner, le ministre de la Justice dégénéré d'Ottawa, le gars qui a dit :
"On enlève le privilège à la Cour et on le remet au Ministre de la Justice
du Québec parce que le Ministre de la Justice est obligé de répondre au peuple,
c'est plus démocratique.
On a dit au juge : "Il vient de vous
enlever vos pouvoirs..." Depuis
1215, dans l'Empire britannique, on ne peut être incarcéré, le Roi n'a pas le
droit de faire arrêter quelqu'un, de l'enlever, de l'emprisonner, de saisir ses
biens, de l'expatrier, à moins qu'il y ait un procès devant ses pairs selon la
loi du pays. 1215 quand les barons sont
allés devant le roi Jean avec une épée, ils la lui ont montrée et il a
signé. Ce n'était pas de la violence,
c'était de la démocratie. Ils ont dit :
"Tu nous écœures à nous enfermer en prison quand tu en as le
goût". En’30, le Roi pouvait faire
enfermer, par Lettre de Cachet, ses ennemis ou les maris de ses maîtresses.
Tout ça a été aboli le 2 avril’70.
C'est comme ça que le marquis de Sade a été libéré une fois, quand on a
aboli les Lettres de Cachet.
En 70, le gouvernement dégénéré de M. Trudeau
d'Ottawa, le pouvoir exécutif s'est arrogé les pouvoirs des tribunaux. D'abord, en portant des jugements sur des
associations qui relèvent proprement des tribunaux. Deuxièmement, en enlevant les pouvoirs aux tribunaux à la Cour du
banc de la Reine, pas à la basse cour des juges nommés par la province de
Québec, non... des juges sérieux, des juges de la Haute Cour, avec beaucoup de
rouge et un tricorne... déguisés comme des sorciers du village... avec des
chapeaux de peureux de jardins... On en a vu 5 de cette race-là... puis on leur
a dit : "Ça ne vous fait rien qu'on vous enlève vos pouvoirs... M. Turner
sème l'anarchie... il va contre toutes les traditions, contre le code et contre
la constitution... c'est un anarchiste, M. Turner..." Le juge : "Ah... on n'a pas d'affaire
là-dedans... ils ont dit qu'il y avait une insurrection armée... ils ont dit
que c'était le Ministre de la Justice qui pouvait décider si vous étiez pour
être libérés ou non". Alors, on
est resté là 4 mois pour s'apercevoir qu'il n'y avait pas d'accusation. Mais ils nous gardaient là longtemps pour
que les gens pensent que s'il nous garde un mois, ça doit être qu'il y a
quelque chose à soupçonner, s'ils les gardent 2 mois, il y a sûrement quelque
chose à leur reprocher, s'ils les gardent 4 mois, c'est sûr qu'ils doivent être
coupables. Il est arrivé qu'au bout de
4 mois, ils n'avaient rien trouvé. On
s'en va vers le 3 mai, et ils n'ont pas eu le temps de faire le procès... ils
nous laissent circuler, des gars dangereux !
De tous ceux qui ont été arrêtés de 16
octobre, il en reste 2 en prison. Quand
je suis sorti le 16 février,, il en restait une quinzaine, à peu près. Les 4 gars qui étaient accusés d'avoir mis
M. Laporte en pénitence. C'était une
bonne affaire à mon point de vue, je l'ai dit et je le répète - c'est le gars
qui nous avait fait la conscription des travailleurs en construction cet été et
qui les laissait se faire tuer sur les chantiers, en ôtant les 50 inspecteurs
qu'on avait entraînés pour les protéger - alors je n'ai pas changé d'idée, je
ne suis pas à la veille de pleurer non plus... ils ont tué un ouvrier derrière
le motel Parthenais, le 9 décembre pendant que j'étais là. Deux mois après, sa veuve n'avait entendu
parler ni des services publics, ni de l'entrepreneur, ni du sous-entrepreneur,
ni de la Commission des accidents du travail présidée par M. Bellemare qui a
été ministre du Travail pendant longtemps et qui nous promet depuis 5 ans de
surveiller les chantiers et de faire de nouvelles normes, et elles ne sont pas
encore faites, hein ? Alors, ils
ont envoyé 500$ à la veuve. Je
regrette... cette veuve-là était aussi respectable que Mme Laporte, elle
n'était pas plus responsable que Mme Laporte et l'ouvrier était plus
respectable que M. Laporte.
Les ministres du Travail du Québec, MM.
Laporte, Bellemare, Cournoyer sont des criminels qui laissent tuer des gars
systématiquement, régulièrement, le sachant pertinemment, parce qu'on leur a
souvent dit. À Montréal, on avait
entraîné 50 inspecteurs pour les chantiers de construction, ils les ont pris et
ils les ont mis au salaire minimum.
En’68, quand ils nous ont passé le bill 290, ils nous avaient promis
qu'ils étaient pour les assermenter et les envoyer sur les chantiers de
construction... puis, ils continuent d'en tuer comme des mouches, dans les
mines, dans les carrières et un peu partout.
Ceux qui se scandalisent à juste titre de la mort de M. Laporte devraient
avoir autant le scandale facile pour les travailleurs qui sont tués
constamment, systématiquement. Il y en
a un qui est mort à Cowansville, le coroner y est allé. L'ouvrier est tombé dans un puits où l’on jette
des billes de bois ; dans le bas du puits, il y a des meules pour broyer
ces billes. Le coroner (ça devait être
un nouveau) a déclaré que c'était une négligence criminelle. C'est le quatrième ouvrier qui meurt de la
même façon dans cette usine-là. Il
arrive que l'usine appartient aux Molsons qui nous fournissent le hockey. Alors, le ministère est bien embêté.
Alors, les deux qui restent en prison sont
Gagnon et Vallières qui ont fait 40 et 46 mois. Puis on leur a refusé des cautionnements parce qu'ils avaient des
accusations qui dataient de’66,’67 et’68.
Ils les ont laissés aller le printemps dernier, ils les ont ramassés le
16 octobre parce que ça faisait bien dans le portrait. Les gars avaient passé l'été à la campagne,
ils n'avaient vu personne, moi je ne les ai pas vus deux fois depuis qu'ils
sont sortis, pas plus que Lemieux, pas plus que Larue-Langlois. En tout cas, cette accusation-là est tombée
et je n'ai pas besoin de m'en défendre ici.
Le juge a dit : "On ne peut pas vous laisser sortir avec des
accusations aussi graves". Ils ont
dit : "On a été 4 ans en prison, vous avez eu le temps de voir, on a été 2
ans, de septembre 66 à septembre 68 sans procès... après cela, vous nous avez
accusés de toutes sortes de bébelles."
Le 1er mars, ils sont revenus à la Cour et la Couronne a laissé tomber
toutes les accusations qu'elle avait contre eux. On leur avait refusé le cautionnement parce que c'étaient des
accusations graves, ils pouvaient mettre la sécurité du peuple en danger... tu
vois ça ils sont deux pour faire la révolution... À un moment donné, Vallières a dit au juge :
"Si on n'est que deux, on va lâcher.
Mais on ne veut pas être des héros et des martyrs... on ne veut pas non
plus être des boucs émissaires parce qu'il y a des fous à Ottawa qui ont
déclaré qu'il y avait une insurrection armée, on ne veut pas être les
responsables de ça."
M. Pelletier, il est comme les vieux
habitants, comme les rouges, de 1918 à 1939.
Ils avaient juré qu'ils voteraient contre la conscription. En 39, est arrivée la mobilisation, ils ont
voté pour. Ils sont retournés dans
leurs comtés. Les gars leur ont dit :
"Tu avais juré que tu voterais contre la conscription et tu as voté
pour !" "J'ai voté pour,
mais à mon air, ils ont bien vu que j'étais contre". Pelletier, c'est le raisonnement qu'il a
fait. Un gars qui était pour la liberté
individuelle. Il dit : "Il n'y
avait pas d'insurrection mais on a envoyé l'armée, on a fait la loi des mesures
de guerre... c'est de valeur, il y a des gars qui sont allés en prison, ils
devraient être indemnisés."
Le chef de l'armée, vous savez comment
s'appelait son opération dans le Québec ?
L'OPÉRATION RAGOUT... ça va avec la soupe aux pois : French pea
soup et ragoût... puis là, il a dit : "On savait qu'il n'y avait pas
d'insurrection mais il aurait pu y avoir des assemblées". Des assemblées, c'est pas démocratique
ça ?
Alors, ils ont gardé Vallières et Gagnon en
prison. Le 1er mars, ils ont laissé
tomber toutes les vieilles accusations et ils en ont sorti de nouvelles. Le juge sort du Molière et Vallières
rétorque avec du Molière. Il lui dit
bien poliment : "Vous devriez lire "Les précieuses
ridicules" et ils le remettent en dedans et ils lui rajoutent des mois,
c'est de la folie furieuse. Il faut
avoir été près de l'administration de la justice pour voir comment
l'administration est dégradée, comment elle est dégradante pour tous ceux qui
l'approchent. Puis le Barreau en
rajoute, ils ont arrêté Lemieux (en octobre 70) pour l'empêcher de plaider pour
ces gars-là et il n'y avait pas d'avocats disponibles après ça. Ceux qui étaient disponibles, l'étaient pour
des milliers de dollars par jour. Ils
ont volé les dossiers de Lemieux. Non
seulement le Barreau n'a pas protesté mais ils lui ont mis une autre accusation
par-dessus le marché Le Bâtonnier de cette union qui est pire que n'importe quelle
union, la plus corrompue que l'on puisse imaginer, les teamsters, ce sont des
enfants de chœur à côté du Barreau, ce sont des anges, ce sont des gars qui
jettent le plus de roses, les teamsters à côté des gars du Barreau. Vous savez ce qu'il a dit le Bâtonnier
Cinq-Mars à la télévision Ê ? Il a
dit : "Le Barreau n'a pas d'affaire dans l'administration de la
justice". Ils ont une loi spéciale
et ils ont des privilèges. C'est comme
si un professeur disait qu'il n'a pas d'affaire dans l'éducation ; un
médecin dirait qu'il n'a pas d'affaire avec la santé. Le Barreau dit qu'il n'a pas d'affaire dans l'administration de
la justice. Puis, au lieu de protester
contre l'injustice, au lieu de protester contre une loi illégale, à leur
dernier congrès, ils ont parlé que peut-être ils enlèveraient leur toge. Ils vont arrêter de se déguiser pour nous
impressionner. Parce qu'ils ne sont pas
impressionnants. Ils sont surtout
ignorants et arrogants, à commencer par le juge en chef de la Cour supérieure,
juridiction criminelle, le juge Chawley, un vieux raciste. Et le juge en chef de la Cour des sessions
de la paix, le juge Fabien, c'est un ignorant bien payé.
Nous autres, on a été accusé de toutes sortes
de choses, le FRAP a été accusé de toutes sortes de choses. Ça a passé dans l'opération anti-opposition,
dans l'opération terrorisme dont l'affaire de la Brinks avait été une très
petite répète. Tu sais, le camion
entouré de mitraillettes, en plein jour, qui était supposé transporter des
valeurs en Ontario au cas où le PQ prendrait le pouvoir et ainsi de suite,
alors que d'habitude, ce camion-là, il s'en va dans le garage sous terre, alors
ils avaient sorti ça et ça allait avec le reste des histoires qui couraient
dans les milieux anglais, que les Anglais se feraient ostraciser, qu'il
faudrait qu'ils sortent et ainsi de suite... leurs maisons se vendraient, ils
les donnaient même, ils mettaient une affiche pour montrer que c'était à vendre
mais tu pouvais l'avoir pour rien, ils étaient tous partis à les entendre
parler. Ils ont tous voté libéral, ils
étaient restés là pour voter, ou bien alors, ils sont revenus. Ils ont tous voté contre le FRAP aussi, pour
un fasciste qui s'appelle M. Drapeau qui a accusé le FRAP d'être une entreprise
terroriste qui ferait un bain de sang, ça marche au complet dans la même
affaire.
Qu'est-ce que c'était le FRAP? C'était une organisation démocratique qui
était formée par des gens comme vous autres, même pas des gens comme moi. Le CCSNM y a participé mais il n'est pas
intervenu dans les affaires du FRAP. Sauf que le FRAP était terroriste, disait
Drapeau parce qu'il y avait des salles qui avaient été payées par le CCSNM et
que le Président du CCSNM était un terroriste.
J'ai retrouvé cela dans le Journal de Montréal et dans le Devoir. Alors, M. Drapeau m'a traité de
terroriste... Et M. Marchand, un gentil garçon, un vieux collègue, a dit que si
je n'étais pas en prison, j'aurais fait enlever Marcel Pepin qui est un gars
assez pesant, vous le connaissez, c'est un garçon costaud. Il ne court peut-être pas très fort parce
qu'il n'est pas peureux mais j'imagine qu'avant de se faire enlever, il
rouspéterait un peu. Alors, M.
Choquette lui, le petit cowboy de l'ouest, le shériff du rodéo judiciaire, M.
Choquette (le shériff qui porte son gun sur la fesse comme un gars de la pègre)
c'est un monsieur de la caisse électorale, un gars qui va mettre de l'ordre
aussi... Quand il a des problèmes, il
fait allonger les garcettes et il dit à ses gars : "Prends-toi deux
guns... c'est un gars avancé... il a étudié à McGill je suppose... Alors, M.Choquette, dans une entrevue avec
le journal Montreal Star, celui qui vend le manifeste partout dans les kiosques
(vous pouvez acheter le Manifeste du FLQ dans n'importe quel kiosque,
généralement on le voit bien affiché avec une couverture en couleurs. C'est
publié par le Star, eux autres ont le droit. D'abord, c'est en anglais, on ne
comprend pas ça, on est bilingue français, eux autres sont bilingues
anglais...).....
Michel Chartrand présente aux délégués
quelques invités qui viennent d'arriver, entre autres : Marcel Pepin, Président
de la CSN et Frank Diterlizzi, Président du Syndicat des gars de Lapalme.
Alors, pour continuer, je pense que c'était
important qu'on en parle un peu parce que ce n'est pas fini... le terrorisme
n'est pas fini. Ça fait plusieurs
années qu'il y a des jeunes qui me disent que je suis un vieux fou. Vous ne m'apprenez rien quand vous me dites
ça, vous n'êtes pas les premiers à me le dire.
Mais, ils disent : "On dit que tu es un vieux fou quand tu
penses que tu vas faire des changements économiques, sociaux, politiques ou
constitutionnels. Démocratiquement, ils
ne te laisseront pas faire. Ils vont
envoyer l'armée et la marine." Ils
charrient un peu, je n'ai pas rencontré un indépendantiste ou un séparatiste ou
un riniste ou un souverainiste qui avait fait le rêve de voir l'armée de Sa
Majesté Élizabeth II contre les Canadiens français. Il n'y a pas un gars assez fou pour nous envoyer l'armée... Ben,
c'est arrivé ! Ça va arriver
encore, il paraît, oui... ils disent qu'on va faire d'autres changements sans
faire face à l'armée. Bien, je
dis : "On va d'abord se mettre d'accord sur des objectifs et puis, si
l'armée vient, on décidera ce qu'on fera.
Mais on ne peut pas faire la révolution tout de suite avec 33 fusils et
21 armes offensives, 3 bombes fumigènes.
D'abord, ils ont dû les utiliser ces bombes funigènes-là parce qu'on ne
l'a pas vue, l'insurrection. C'est
parce qu'ils avaient utilisé les bombes fumigènes probablement. Puis, des couteaux de chasse, bien c'est pas
assez. Ça prend autre chose que ça (il
faudrait peut-être s'installer des mitraillettes sur le 7e étage de la
CSN ? ...brasser des affaires, avoir notre port d'hélicoptères et tout
ça !)
Alors, ce que je voulais dire, c'est que je
suis bien content que le Président de la CSN soit arrivé. Ce sont les seuls qui se sont tenus debout
pendant toute cette crise-là. Cette
entreprise de terrorisme la plus abjecte et la plus infecte qu'on n'avait
jamais vue dans le Canada, ce sont les trois centrales, la CEQ, la CSN et la
FTQ.
Ce sont les seuls qui se sont tenus debout,
malgré qu'il y a eu des membres, des syndicats, des cols bleus et aussi des
cols blancs qui ont dit : "Bah..." Parce que j'ai vu des lettres dans les journaux pendant que
j'étais en pension là-bas, dans le sud, au motel Parthenais. Des gens qui disaient: "Qu'est-ce qu'il
avait d'affaire à se prononcer?" Des
gens qui ne savent pas ce que c'est que la liberté, qui étaient étonnés que des
représentants de travailleurs organisés, des travailleurs qui ont été réunis en
syndicats, par solidarité humaine et par solidarité ouvrière, disent
spontanément : "Nous autres, on n'est pas d'accord avec des mesures
qui sont antidémocratiques et qui sont contre la liberté, les libertés
fondamentales." Et alors là, ils
ne défendaient pas seulement Chartrand, ils défendaient la liberté, ils
défendaient le droit de parler, d'être dissident et de constituer une opposition. C'est élémentaire quand on parle de démocratie.
Or, c'est en partie des gens de l'opposition
qui ont été renfermés et c'était pour bâillonner l'opposition sur le plan
municipal et ailleurs. Cette entreprise
de terrorisme continue constamment par toutes sortes de vexations policières,
le refus des salles de Montréal, par exemple, les perquisitions, l'espionnage
de tout le monde et un peu partout pour essayer de diviser les gens et de les
terroriser et les empêcher de se coaliser et de former une opposition pour un
changement radical du système; entrent là-dedans les négociations sectorielles
où on essaie de concentrer le pouvoir au gouvernement et où on essaie de forcer
les travailleurs à négocier sur le plan du gouvernement, après que les gars qui
se sont battus pour obtenir une loi des relations ouvrières et avoir le droit
de négocier leur affaire, le gouvernement arrive et il dit:: "Voilà ma
masse salariale". D'où elle vient?
Ce n'est pas de nos affaires, il paraît.
Exactement comme quand on va voir une entreprise privée et qu'on
dit : "Le coût de la vie a monté de tant..." Ils nous répondent que cela ne les regarde
pas. Sauf que tu regardes les rapports
financiers et tu vois les prix monter et tu vois les profits monter. Alors, les augmentations de profits depuis
l'an dernier, est-ce qu'on pourrait en avoir une partie? Ils disent : "Ça ne te regarde
pas". Tu leur demandes ce qu'ils
veulent négocier cette année. "On
va négocier ce qu'on pourra négocier : we will bargain and we will give
you the prevailing wages on the market... on te donnera ce que tu seras capable
d'aller arracher". Ça n'a jamais
été différent de cela.
Quand il nous est arrivé l'équipe du
tonnerre, on a su ce que c'était; le bill 1, contre le transport; le bill 25 contre les enseignants, le bill 38 contre
les gars de la construction qui chômaient la moitié du temps et qui étaient en
train de venir à bout des patrons.
M.Laporte a décidé une fin de semaine au beau soleil, de remettre les
ouvriers aux employeurs. On n'a jamais
su pourquoi. S'il y a quelque chose qui
n'est pas urgent, c'est bien la construction.
Tu ne peux pas importer ça, ce que tu ne bâtis pas aujourd'hui, tu
pourras le bâtir dans 6 mois ou dans 1 an.
Lui, il avait trouvé la conscription des travailleurs de la construction
qui n'ont jamais eu de sécurité d'emploi et qui en ont moins que jamais. Il leur a sorti un bill 290, M. Bellemare
l'avait sorti, lui, il l'a maintenu.
Ils l'ont mêlé et il est de plus en plus mêlé... et le petit Cournoyer
arrive et essaie de nous faire croire que ce sont les travailleurs qui mêlent
toutes les affaires. C'était le plan du
Sous-ministre du Travail, M. Robert Sauvé, il l'a énoncé au mois de juin’70
bien officiellement et ils veulent embarquer tous les travailleurs là-dedans. Ça a l'air bien, on va égaliser les salaires
à travers la province, ça on est d'accord avec ça... ça coûte aussi cher pour
vivre en Gaspésie ou sur la Côte-Nord ou ailleurs, puis dans certains coins, ça
coûte plus cher qu'à Montréal. Il n'y a
pas d'objection à ça. Seulement, l'idée
c'est d'essayer, au moment où les travailleurs sont plus évolués, qu'il y a des
plus jeunes qui arrivent, qui ont été à l'école plus longtemps, parce que les
vieux ont payé pour ces écoles-là, au moment où les gens veulent avoir plus de
démocratie, veulent avoir plus de participation, de consultation, le
gouvernement sort des lois à la "Franco". Exactement ça. Le bill
290, ils ont donné les pouvoirs aux syndicats, ils les ont donné aux deux
centrales. Or, il arrive qu'à la FTQ,
il y a 23 unions de métiers et s'ils veulent, ils ne sont même pas affiliés à
la FTQ, ils sont affiliés à leur internationale à Washington ou à
Philadelphie. Ce n'est pas le même
système que dans la CSN. Et puis, ils vont parler d'un vote entre les travailleurs
de la construction sous prétexte que c'est ça qui amène la chicane. Ils disaient qu'ils nous avaient apporté le
bill 290, bien c'était pour briser les monopoles des syndicats. Puis maintenant, ils voudraient refaire un
autre monopole, mais un monopole qui serait à la grandeur de la province et
dominé par le gouvernement. C'est rendu
que le gouvernement fait des amendements sans même consulter les centrales
syndicales. Alors, ça veut dire que les
unités à la base, les syndicats locaux, leur certification, leur reconnaissance
syndicale, c'est à peu près illusoire.
Ça veut dire que toutes les luttes sont à recommencer d'une façon encore
plus forte, qu'il doit y avoir encore plus de cohésion et plus de solidarité à
travers le monde syndical et avec l'ensemble de la population. Surtout cette année où on dit :
"Il y a une masse salariale, débrouillez-vous avec". Il faudrait en discuter. Quelle part du
budget va aller pour les salaires des travailleurs? ...quand on sait que dans
la province de Québec la majorité des taxes est payée par des gens qui gagnent
en bas de 5,000$.
Vous regardez dans Montréal, vous avez
34 % de la population qui gagne en bas de 3,000$ ; vous avez
54 % de la population qui gagne entre 3,000$ et 5,000$ ; ça fait
87,6 % de la population qui gagne en bas de 5,000$. M. Drapeau, tellement démocrate, vient de
leur donner une taxe d'eau : tout le monde va payer, pas d'injustice. Tout le monde va participer
démocratiquement. Il n'admettait même
pas les journalistes à ses assemblées de candidats. Duplessis, c'était de la petite bière, je m'ennuie des grands
bouts....
Les prétendus Libéraux, les prétendus
démocrates à la Trudeau, à la Marchand et à la Pelletier ont voulu faire un
mythe avec Duplessis. Dans le temps de
Duplessis, on allait en prison deux ou trois jours, c'était une petite affaire,
trois ou quatre claques sur la g... et c'était réglé nos affaires. C'était un plaisir, ça faisait partie du
métier... il nous avait avertis : "Je suis contre les unions, je suis
contre les grèves, si vous en faites, je vous envoie ma police". Mais l'équipe du tonnerre arrive et nous
dit : "Ah oui, vous avez le droit de grève". Oui, une petite loi ici et là... et puis
tout à coup, ils en ramassent quatre ou cinq cents et hop en prison... une
petite affaire.
Alors, voilà notre problème : à
Montréal, on a 29 000 affiliés au CCSNM qui vont négocier dans le Front commun
cette année. Il y a eu des bruits
quelque part dans la province (on n'a pas su où exactement) qu'il y avait des
gars qui voulaient se séparer de cela mais à Montréal, on n'en a pas trouvé,
les présidents de sections sont d'accord pour rester affiliés à la CSN. Il y a
eu des bruits au sujet des gars de la ville de Montréal, et puis, finalement
ils sont restés affiliés aussi.
C'est bien sûr qu'il faudrait faire attention,
que les droits de négociation des travailleurs soient respectés dans les
grosses négociations ; ça va être la pierre d'achoppement du syndicalisme
parce que le système capitaliste et le gouvernement veulent essayer de les
emberlificoter là-dedans. Les
négociations sectorielles vont être scientifiques et ils vont vouloir discuter
de la masse salariale scientifiquement et en même temps, ils vont dire aux
employés de Montréal : "Bien, vous autres, vous êtes en avant,
marquez le pas, vous en avez assez".
C'est comme le bon père Frédéric, dans le textile à Trois-Rivières, qui
faisait des assemblées aux ouvriers du textile et il leur disait : "
Il y en a qui font trop d'argent pour d'autres gars qui n'en ont pas
assez !" Les gars
l'applaudissaient comme tout ... ils pensaient qu'il parlait du millionnaire
Whitehead qui était président de la compagnie.
Mais non, il parlait des ouvriers du textile qui gagnaient 0,75$ de
l'heure et il leur disait qu'ils en avaient trop pour ceux qui gagnaient
0,35$. Alors, c'est à peu près le
raisonnement que le gouvernement va faire alors que c'est normal que les
salaires montent dans le reste de la province et ils vont continuer à monter à
Montréal tant qu'on va être dans un régime capitaliste parce que les travailleurs
syndiqués sont les seuls qui vont chercher de l'argent des compagnies
américaines qui exploitent les ressources naturelles.
Que ce soit des syndicats de la CSN, comme à
Asbestos et à Arvida, qui sont allés chercher des dizaines de millions
d’augmentations de salaires après des grèves de 5,000 hommes pendant des mois
de temps, ou que ce soit d'autres syndicats qui se battent dans leur coin ou
des syndicats internationaux comme le mauvais syndicat de notre ami Boudreault,
les United Steel Workers of America qui sont allés chercher des dizaines de
millions sur la Côte-Nord, ce sont des millions qui sont restés dans la
province de Québec et au Canada.
Autrement, ces millions seraient partis aux États-Unis. C'est ça la situation, la domination
américaine. Toutes les ressources qui
sont dominées par les États-Unis, alors les profits s'en vont de l'autre côté
comme ce qu'ils vont voler en Afrique, en Amérique latine et en Asie.
Alors, ce qu'il faut faire, pour les employés
de la fonction publique, c'est d'aller chercher le maximum de salaire et les
meilleures conditions de travail possible pour forcer l'entreprise privée à
s'en venir à ce niveau-là. Même si on
faisait des sacrifices, les prix ne baisseront pas. M.Young à 40,000$ et M.Gérin-Lajoie à 38,000$ voulaient qu'on ne
prenne que 6% d'augmentation sur 3,000$.
Les députés sont passés de 18 000 $ à 26 000 $ eux autres. Ce n'est que 6 % mais ils ont eu la
rétroactivité de 7 ans. Il faudrait
vous en rappeler quand vous allez négocier - 7 ans de rétroactivité. Il n'y a pas eu beaucoup de négociation, ça
n'a pas été long pour leur salaire.
Alors, même si on demandait des baisses de salaire, les profits
continueraient à monter par ascenseur dans le temps de l'inflation.
Les salaires, ça continue à se négocier. Deux ans pour régler l'affaire des
instituteurs ; les employés d'hôpitaux, deux ans pour régler leur affaire
(les gens les plus importants de la société).
Après ça, ce sont les fonctionnaires évidemment, ils s'occupent de nos
affaires. Ceux du revenu sont ceux qui
travaillent le plus fort... il faudrait qu'ils prennent le rythme des gars de
la ville de Montréal.
Il faudrait que les fonctionnaires qui sont
organisés et qui ont eu des avantages considérables en venant se joindre au
mouvement syndical à la CSN parce que des gars avaient ouvert le chemin et
préparé des structures... Si on ne les
aime pas les structures, on n'a qu'à les changer, ça peut se discuter de
l'intérieur pour avoir plus d'autonomie, mais je pense que pour les fonctionnaires,
il n'y a pas d'autre solution que de rester avec les travailleurs
organisés. Les boss des fonctionnaires,
ce ne sont pas les petits ministres de Québec et d'Ottawa, les employeurs des
fonctionnaires, c'est la population qui paye les taxes. Alors, je pense que c'est élémentaire pour
les fonctionnaires, ceux qui sont dans la Fonction semi-publique ou
parapublique, d'avoir autant d'amis qu'ils peuvent dans la société. S'ils ont déjà des amis qui sont acquis, des
gens qui leur sont sympathiques, avec les autres travailleurs syndiqués dans
leur centrale et dans d'autres centrales, ce n'est pas le temps de les
abandonner. Il y aura toute la pression
des députés, des gens des commissions scolaires et des gens des villes qui vont
dire ,: "Vos taxes vont augmenter parce que les fonctionnaires
veulent avoir des augmentations, parce qu'ils veulent multiplier le nombre de
fonctionnaires, etc... autant pour les instituteurs que les gens des
corporations scolaires ou les gens du provincial et du transport. Même que ça coûterait un million, deux
millions pour les fonctionnaires provinciaux, juste pour faire partie du
mouvement syndical, ce serait bon marché pour avoir des canaux pour faire
passer leurs messages, pour avoir des gens qui vont les écouter avec sympathie
et qui vont travailler avec eux pour les aider à forcer et à briser le mur du
capitalisme et à briser la masse salariale, à faire changer le système de
taxation. Tant que le système de
taxation ne changera pas, c'est sûr que ceux qui ont des petites maisons et
ceux qui paient des taxes ne peuvent pas payer beaucoup plus qu'ils ne paient
déjà. Alors, la négociation des
fonctionnaires provinciaux et municipaux, ça s'en va directement sur le plan
politique comme la plupart des négociations de travailleurs, comme 90 %
des revendications des travailleurs, ce sont des revendications sur le plan
politique. Le logement, la sécurité
sociale, l'investissement, les problèmes de chômage et du plein emploi, ce sont
des solutions politiques qui doivent arriver à ça. Et les fonctionnaires négocient sur le plan politique ; et
s'ils font la grève, ils vont la faire sur le plan politique. C'est aussi bien de le savoir tout de suite
que de se cacher et de faire les innocents.
À Montréal, il y en a 29,000 de ceux-là.
Au CCSNM, on ne s'est jamais limité dans les
négociations de qui que ce soit à moins d'en avoir reçu la demande. Pendant la négociation, durant la
négociation ou durant la préparation de grèves ou durant les grèves, on ne
changera pas de politique. Mais, c'est
entendu que même si on doit travailler sur le Deuxième front, selon les
objectifs et les décisions des congrès de la CSN, la première préoccupation du
CCSNM, c'est de travailler avec ceux qui négocient en autant qu'on peut les
aider et aussitôt qu'ils vont nous demander de les aider. On va faire comme on l'a fait pour les
employés d'hôpitaux pendant 15 assemblées de suite, on a essayé de sensibiliser
les syndiqués des autres syndicats.
Un autre problème à envisager cette année,
c'est le problème du chômage. On a vu
le chantier de la Vickers fermer. Un
chantier maritime de 50ans qui était efficace avec des gars extrêmement
qualifiés. Un chantier maritime dans un
pays qui est situé entre deux trous d'eau et trois trous d'eau dans le
milieu. Ces gens-là ont été jetés sur
le pavé. Aujourd'hui, on voit le
chantier de la Canadair, l'avionnerie : des gens extrêmement spécialisés,
extrêmement qualifiés. Vous vous
rappelez des affiches "S'instruire, c'est s'enrichir". Ils étaient 10,000, il y a deux ans, ils
sont rendus 1,500. Ce n'étaient pas des journaliers manœuvres. Vous allez à Arvida, ils sont rendus à 24
ans d'ancienneté et tous les autres qui ont moins que ça, ils sont dehors. Vous allez dans les usines de produits
chimiques à Shawinigan ,: 22, ans d'ancienneté, les autres sont
dehors. L'autre soir, je suis allé à
Valleyfield, j'ai rencontré un gars qui était à la CIL depuis 20, ans, une
bonne compagnie, une compagnie internationale solvable et qui ne fera jamais
faillite ,: ça vole tout le monde, ça ne fera pas faillite tout de
suite... ils en ont mis 400 dehors, puis les 200 autres vont sortir. La décision n'est pas prise au Québec. On avait des syndiqués qui étaient affiliés
à l'International Telephone and Telegraph.
J'ai vu l'usine à Guelph en Ontario, une industrie de pointe. Québec Presse rapportait la semaine
dernière, dans un dossier, que l'industrie pétrochimique s'en va à Sarnia. Il y a la domination américaine, il y a la
domination d'Ottawa pour le bénéfice de l'Ontario et des usines industrielles
de l'Ontario. Sur 59, barrières
tarifaires pour protéger l'industrie au Canada, il y en a 36 pour protéger des
industries en Ontario, il y en a 13 pour l'industrie au Québec et 9 pour des industries
dans les 2, places. Vous prenez
les usines les plus avancées, vous prenez les usines de base pour des choses de
première nécessité, comme le textile, c'est 60 % de diminution des envois
dans le Québec. Vous prenez l'industrie
de la chaussure, c'est la même chose.
J'ai vu des ars qui sont allés à Ottawa, c'est pas Ottawa qui mène,
c'est pas Québec non plus. Dans un
régime capitaliste de l'entreprise privée, c'est l'entreprise privée qui décide
quand elle va ouvrir et quand elle va fermer.
Le gouvernement n'a strictement rien à voir avec ça... même si
M.Marchand distribue des chèques de nos taxes à des entreprises qui vont
l'investir ailleurs souvent. IBM, une
pauvre petite compagnie internationale, il leur a donné quelques millions...
L'aluminium, quelques millions, la Johns Manville à Asbestos, quelques
millions, la Noranda Mines a eu quelques millions aussi... ces pauvres petites
compagnies ça ne fait presque rien par année.
Dans l'époque du libéralisme économique le
plus fou, on n'a jamais vu le gouvernement aller porter directement les taxes
des travailleurs à des entrepreneurs.
Ils leur donnaient des exemptions de taxes comme ils font encore pour
les mines, des "deplation allowances" parce que quand c'est une
ressource naturelle dans la forêt, dans les mines ou dans les cours d'eau,
c'est comme si c'était eux autres qui avaient planté la forêt ou mis la mine
là, ou bien le cours d'eau. Alors, ils
leur permettent de mettre de l'argent de côté... mais jamais leur donner des
chèques comme ça ! Il y a des
compagnies qui ont eu des chèques et qui ont fait faillite. Il y a d'autres compagnies qui ont eu des
chèques ,: ils ont engagé des ingénieurs pour hausser la productivité,
c'était une bonne idée. En haussant la
productivité, ça a fait un peu plus de chômeurs. Puis le chômage, vour le regardez,: en,'61, on avait préparé un
rapport à la demande du secrétaire général du temps, Marcel Pepin et il y a eu
des documents qui ont été préparés, des travaux par Harvey, par Parenteau des
Hautes Études, par Maurice Bouchard, l'économiste de l'Université de Montréal
et ils disaient ,: "On ne voit pas comment ça va reprendre d'ici
à,'70."
Or, ça n'a pas repris depuis,'61, le chômage
a constamment augmenté et il augmente dans les métiers les plus qualifiés, dans
les usines les plus prospères. Ce n'est
pas un petit chômage comme pendant la crise ,: des peanuts shop qui
crèvent et qui croulent. Ce sont de
grosses compagnies américaines qui transforment, qui déménagent ou qui ferment. Il n'y a pas d'industrie secondaire au
Québec. On sort le minerai de l'Ungava,
on sort le cuivre, l'or, l'amiante, on envoie l'aluminium en lingots, on envoie
de la pulpe, on ne transforme pas toute la pulpe en papier. Les investissements, c'est là qu'ils vont.
Le gouvernement Bourassa, encore en,'70, a
donné du territoire à International Telephone and Telegraph, ils leur ont donné
du territoire de la Côte-Nord. Ça,
c'est la compagnie qui contrôle le Bell Telephone de Montréal et la compagnie
qui a fait le plus de profits l'an dernier, d'après la grosse presse, qui est
un excellent journal et qui va demander des hausses de tarifs. Avec les banques, c'est eux autres qui ont
fait le plus d'argent. Le gouvernement
dit ,: "Les banques, c'est un privilège qu'ils ont, mais on n'a pas
de contrôle dessus". Alors, qu'est-ce
qu'ils contrôlent ? J'ai dit à mon ami
Trudeau ,: "Quand tu parles de la démocratie de la Chambre des
communes de la Colline parlementaire, tu es le plus grand démagogue du Canada
parce que tu sais mieux que personne que tu ne mènes rien dans ce pays-ci à
part, peut-être, la Police montée et les postes". Mais les postes, on voit comment il mène
ça !
Le problème du chômage à Montréal, les gars
en souffrent dans la construction, dans la chaussure, dans le textile, dans
l'électronique, dans les métiers mécaniques, partout. Il n'y a personne qui est à l'abri de cela. Tu regardes les gars
de 40 ans, 45 ans ,: ça chôme et 45 % des chômeurs, ce sont des gens de 25
ans et moins. Instruits... tu vas
chercher les ingénieurs de l'Université de Montréal, combien il y en a parmi
eux, à la fin de l'année académique - des ingénieurs en électricité, en
électronique, en géologie, des ingénieurs civils - combien il y en a qui vont
avoir des emplois ? À peine 10 %. Avant, il paraît qu'on chômait parce qu'on
était catholique, ignorant et qu'on ne parlait pas anglais. Là, on est moins catholique, on est
ingénieur et on est bilingue et on chôme pareil...
C'est ça, l'efficacité du système
capitaliste. Ils ne sont même pas
capables d'utiliser des ingénieurs. On
ne parle pas des facultés qui ne sont pas sérieuses comme les Arts, la
Littérature, la Sociologie, la Psychologie, les Sciences politiques et toutes
ces affaires-là ; c'est pas sérieux, ça ne produit pas.
Mais, des ingénieurs bilingues... des 250,000
ouvriers qui chôment dans la province de Québec, la plupart, sinon tous doivent
être bilingues et ils ne trouvent pas d'emploi. Ça commence à faire des problèmes. M. Cournoyer qui nous dit qu'il n'est pas question d'avoir une
langue de travail, qu'on n'en imposera pas.
Les Canadiens français doivent être bilingues. L'avenir des Canadiens français, c'est dans le bilinguisme."
Ce n'est pas une solution à nos
problèmes. Le logement, c'est
pareil. À un moment donné, à Montréal,
il y a un gouvernement qui est à Québec et qui dit ,: "Bon, on va
passer une autoroute dans Montréal".
Quoi ? Ça faisait deux ans
que les architectes et les ingénieurs de la Ville de Montréal n'en avaient pas
entendu parler. Nous autres, à la CSN,
on pense qu'ils prennent des décisions sans nous en parler, mais à Québec...
ils sont pires encore. Ce n'est pas une
bonne comparaison, c'est juste pour rire...
Il y a le confrère Bourdon qui a commencé à
brasser les affaires de l'autoroute. Ça
va déplacer une couple de milliers de maisons.
Cinq, six mille personnesÊ?
C'était pour créer de l'emploi !
Ils sont ignorants ou bien ils nous prennent pour des fous ou bien ce
sont de maudits menteurs. Tenons-nous
en à la dernière supposition.
Trudeau a dit ,: "Ça chôme un peu
plus dans la construction, c'est à cause de l'hiver". Non, les deux hivers passés, il travaillait
plus de monde en hiver qu'en été. Ça
dépend du genre de construction qui se bâtit.
C'est un ignorant à part d'être un menteur.
Bourassa a dépensé 120 millions pour faire de
l'ouvrage ! 120 millions pour
acheter des terrains dans l'ouest, des compagnies qui ont déménagé sur le
Lakeshore ou sur la Côte-de-Liesse. Il
a engagé des entrepreneurs en construction qui avaient la langue longue et qui
avaient besoin de rassurer les banques qui leur avaient fait crédit. Il n'y a rien qui fait moins d'ouvrage que
de bâtir des routes ; c'est plus de l'outillage pour creuser, des camions,
des niveleuses. On ne creuse plus au
pic et à la pelle ; on n'est pas en Espagne, ni en Chine, ici! ...c'est la
machinerie qui travaille.
On a besoin de maisons à Montréal depuis le
début de la guerre. Pendant la guerre,
on ne pouvait pas en bâtir, depuis ce temps-là, il en manque constamment. 100 000 taudis, des centaines de mille qui
sont vétustes, 200 000 qui n'ont pas de toilettes, ni de bains, etc. La ville en a fait démolir elle-même des
dizaines de milliers. Elle n'a pas été
foutue d'en rebâtir 3 000 encore.
C'était du socialisme comme disait M. Drapeau. Lui, il est pour les Expos, l'Expo et les Jeux... des bébelles...
Il y a un mouvement qui s'était organisé dans
Montréal, le FRAP. Le CCSNM l'a supporté parce que c'était un mouvement
démocratique. Les seuls mouvements
populaires que j'aie jamais vus dans Montréal, c'était des chemises brunes et
des chemises noires pendant la crise. À
part ça, je n'ai pas vu de mouvements démocratiques. Il y a eu la petite affaire de Drapeau pour la moralité, mais ça,
les affaires de moralité, on sait ce que c'est : des gars qui veulent avoir
l'air purs et qui volent en dessous de la couverture et qui se foutent du
peuple. On a assez connu ça, ce n'est
pas intéressant.
Mais il y avait un mouvement ( le FRAP -
FRONT D'ACTION POPULAIRE) qui était en train de se bâtir et qui essayait de
s'ajuster aux circonstances pour répondre aux besoins de la population. Alors, ils sont rentrés dedans. Ils ont sorti toutes sortes
d'accusations. On est allé en Cour
supérieure pour poursuivre M. Drapeau et M. Marchand et M. Choquette. Ils ont dit : "Ce n'est pas notre
juridiction". On est allé à
l'autre Cour des sessions de la paix.
Cette année, le juge en chef a condamné Vallières et Gagnon devant la
Cour du banc de la Reine. Ils
réussissent à nous poursuivre devant ces cours-là, puis quand on va pour leur
demander de dire à M. Drapeau, à M. Marchand et à M. Choquette de retirer leurs
paroles, ils nous disent qu'ils n'ont plus juridiction. Il y a un vieux juge qui a dit : "Je
vais prendre ma retraite l'année prochaine, moi". Alors, il a pris nos papiers en vertu de
l'article 248 du code criminel, le libelle diffamatoire. Une semaine après, il me fait revenir à la
Cour, j'attendais dans les cellules du Palais de justice, pour me dire que le
juge Fabien, le juge en chef, lui a ôté cela des mains. Depuis ce temps-là qu'on attend.
Alors, mes chers amis, vous avez des
documents en masse pour le congrès, des documents qui ont été préparés par des
gens compétents. Comme je vous dis, je
ne m'en suis pas mêlé beaucoup, j'étais en prison cette année.
Et puis, on va collaborer avec le Front
commun évidemment et avec tous les syndicats qui vont nous en faire la demande
comme par le passé. On va continuer à
collaborer avec le FRAP à fond et davantage.
Peut-être qu'on n'en a pas fait assez.
Le secrétaire va vous rapporter tout ce qui a été fait durant l'année et
il va vous dire que le mot d'ordre pour l'année prochaine, c'est la
"mobilisation". Notre
mobilisation, elle va se faire dans le sens de bâtir une machine électorale
pour les travailleurs de Montréal en collaborant avec le FRAP en même temps
qu'on va collaborer avec les coopératives.
Cooprix nous a sauvé 250 000 $ l'an dernier. La Caisse populaire est d'accord pour investir quelque 100 000 $
pour en ouvrir d'autres dans Montréal.
On a gagné des batailles avec Cooprix, on va continuer à collaborer avec
Québec Presse et avec Point de Mire, les journaux qui nous défendent et qui ne
sont pas contrôlés par Power Corporation.
On va regarder de plus en plus vers l'action politique et on va nous en
parler de plus en plus.
Les travailleurs de Montréal ont voté pour le
PQ le 29 avril dernier. J'imagine que
dans l'ensemble des travailleurs canadiens français, dans les quartiers du bas
de la ville où ça a voté à 33 % et 35 % pour le PQ, les chômeurs et les
ouvriers syndiqués et non-syndiqués, ils ont voté pour un véritable
changement. Ils ont voté pour avoir un
gouvernement qui serait responsable devant eux autres. Pas un gouvernement comme l'équipe du
tonnerre ou bien l'équipe de M. Bourassa qui est arrivé en nous disant qu'il
créerait 100 000 emplois et qui ne nous a pas dit où il prendrait
l'argent. Là, il se promène comme un
quêteux partout, puis tout à l'heure, il va essayer de nous faire de petites
passes.
Quand on est allé voir le gouvernement du
Québec avec un mémoire sur le chômage de 64 pages, le Ministre du Travail a
fait ça comme ça en disant : "Ça regarde Ottawa". On pensait que notre gouvernement était
responsable. Les Patriotes de 1837 se
sont battus pour un gouvernement responsable mais on n'en a pas eu depuis ce
temps-là. On a pris le mémoire, on l'a
fait traduire en anglais parce qu'à Ottawa, ils sont bilingues... ils ont
regardé ça à Ottawa et ils ont dit : "C'est un bon mémoire mais on ne peut
pas avoir une politique de plein emploi parce que ça serait l'autonomie de la
province". Ça parlait du chômage
et de toutes les industries dans toutes les régions de la province de Québec.
Quand ils parlent du travail, c'est mêlé
entre Ottawa et Québec pour la juridiction, les barrières tarifaires, pour
l'importation et pour l'exportation.
Quand ils parlent de la sécurité sociale, il y a encore des discussions
entre Québec et Ottawa. Quand ils
parlent de l'éducation, il y a encore des discussions entre Québec et
Ottawa. Quand ils parlent du régime fiscal
et des taxes, il y a encore des discussions.
Quand ils parlent même des prisonniers, il y en a dans les prisons
fédérales et d'autres dans les prisons provinciales. Puis maintenant, il s'agit de la télévision par câble et ils ne
savent pas encore qui des deux est responsable. C'est un pays bicéphale, pas de tête... c'est le seul pays au
monde qui est comme ça.
Or, il est temps que les éléments de la
démocratie, les balbutiements de la démocratie du gouvernement par le peuple,
pour le peuple et le gouvernement du peuple, c'est d'avoir un gouvernement
responsable. Se faire dire après 6
mois, 18 mois et 24 mois de chômage : "On n'est pas responsable à Québec,
on n'est pas responsable à Ottawa".
Eh bien, il y a des coups de pied au cul qui se perdent...