En vente à la CSN et dans toutes les bonnes librairies.
Chartrand mode d’emploi
J’ai longuement réfléchi à la façon de présenter Michel Chartrand et son entourage. J’ai choisi de le suivre à partir des événements marquants de sa vie et de l’histoire du Québec, en y allant de façon chronologique. Cette façon de raconter la petite histoire et la grande est, pour moi, celle qui rend le mieux compte de l’agressif, bouillant, coloré, coléreux, constant, courageux, dangereux, désœuvré, drôle, empoisonneur, énergique, enflammé, engagé, enragé, exalté, fanatique, farfelu, fauteur de troubles, fougueux, furieux, gastronome, généreux, gêneur, grossier, grotesque, gueulard, hurleur, inconscient, incorruptible, indomptable, ingénieux, insensé, insolite, insoumis, insultant, insurgé, insurrectionnel, intègre, irascible, irréaliste, irresponsable, juste, libertin, loufoque, loyal, lucide, mal engueulé, méprisant, noble, offensant, outrageant, outremontois, perturbateur, pitre, pointilleux, polisson, politisé, populaire, présomptueux, prophète, provocateur, raseur, rebelle, réformateur, révolutionnaire, ridicule, rigoureux, roublard, rustre, sacreur, séditieux, socialiste, subversif, tempétueux, tenace, turbulent, utopique, vaillant, véridique, vétillard, vexatoire, vif, vigilant, vigoureux et violent (selon que l’on est du côté patronal ou du côté syndical) personnage. Je donnerai donc priorité aux événements. Quant aux "coups de gueule" de notre impétueux sujet, je vous renvoie à mon premier ouvrage, Michel Chartrand / Les dires d’un homme de parole, paru en 1997 chez Lanctôt éditeur.
J’évoquerai des événements marquants, mais je ne négligerai pas pour autant les amours, parfois difficiles, de Michel et de Simone Monet, en publiant quelques extraits leur correspondance. Ces lettres demeurent la meilleure description de leur lien enflammé, de leur ténacité et de leur désir d’être unis, peu importe ce que l’entourage pourrait en penser. Elles démontrent avec justesse, la force et la détermination qui les habitaient, la passion qui les motivait. Simonne explique avec force détails sa vision du rôle de mère de famille. Elle veut être l’épouse-complice des engagements de son époux et non l’épouse-escorte, rôle malheureusement dévolu aux femmes mariées de cette époque. Elle sera madame Michel Chartrand, mais aussi Simonne Monet- Chartrand.
Michel a toujours affirmé que Simonne était son égale et qu’elle n’était surtout pas une " servante de presbytère ". À travers les lettres qu’ils s’échangent, ces deux complices-célibataires discutent de sexualité. Ils le font avec une grande ouverture d’esprit, sans détours et sans hypocrisie, allant directement au but, ce que peu de couples font à cette époque.
Michel Chartrand, treizième enfant d’une famille qui en compte 14, poursuit des études qui ne le satisfont pas. Pendant deux ans, il se fait moine (sans jamais parler, ou presque) au monastère des Cisterciens, à la Trappe d’Oka, près du lac des Deux-Montagnes. Il s’engage ensuite à fond de train dans les mouvements étudiants, catholiques et nationalistes, les JEC, JOC, JIC, fait campagne pour Jean Drapeau, le candidat des conscrits, dans le comté d’Outremont, en se donnant entièrement à l’organisation de la campagne du NON lors du plébiscite contre la conscription. Il milite à la Ligue de défense du Canada, a maille à partir avec l’armée, rencontre André Laurendeau et devient organisateur du Bloc Populaire canadien et québécois. Militant nationaliste et par la suite socialiste, il se portera candidat, sans jamais réussir à se faire élire, à plusieurs élections. Il épouse Simonne Monet, sans la permission des parents de Simonne, et cette femme lui donnera sept enfants, tous baptisés, enveloppés dans ce qui deviendra le drapeau du Québec, par le chanoine Lionel Groulx. En 1949, il découvre le syndicalisme à Asbestos où il côtoiera les Trudeau, Pelletier, Marchand. Adversaire de Marchand qui le congédie à deux reprises de la CSN, il participera aux grèves à Shawinigan et de Dupuis et Frères à Montréal. Il fonde le Syndicat des employés de la CSN (CTCC), malgré l’obstruction systématique de Jean Marchand. Entre 1952 et 1955, il se fera arrêter et se retrouvera en prison à sept reprises, pour s’être trouvé sur des lignes de piquetage. Il n’hésite pas à travailler avec une centrale syndicale rivale lors de grèves à Rouyn-Noranda et en Gaspésie. Il fait, chose nouvelle, de l’éducation politique à l’intérieur des syndicats et livre ses combats politiques à l’intérieur de la Cooperative Commonwealth Federation (CCF, CCF-PSD) puis du Nouveau Parti Démocratique (NPD) et du Parti Socialiste du Québec (PSQ). Il quitte temporairement le syndicalisme et, fort de ses connaissances typographiques, il met sur pied sa propre imprimerie. Il publie ainsi Gilles Vigneault et quelques autres poètes inconnus. Il s’implique activement dans des mouvements de désarmement nucléaire, travaille activement à l’organisation des États généraux du Canada Français. Après une absence de près de 10 ans, il fera, au début de 1968, un retour marqué dans le syndicalisme... à la CSN.
Michel Chartrand est un personnage complexe qui ne se laisse pas saisir facilement. Il fait indéniablement partie de la petite et de la grande histoire du Québec. À vous de le découvrir !